Priorités pour des formations spécialisées en médecine vétérinaire
Dans La plupart des pays de tradition vétérinaire et d’élevage, la médecine vétérinaire est considérée non seulement comme une science avancée mais également comme un art du fait qu’elle s’adresse à une multitude d’espèces animales et, surtout parmi les mammifères, à des centaines de races, des plus petites aux plus grandes, dont la morphologie, l’anatomie, la physiologie diffèrent. L’art, c’est de composer avec ces différences, et de comparer entre ces espèces et ces races, dont les maladies différent souvent et dont les méthodes de diagnostic ne sont jamais les mêmes. L’art c’est aussi de faire parler l’animal ausculté sans lui adresser la parole et de comprendre l’origine du mal. En fait, chez le vétérinaire, la science et l’art se fondent en une sensibilité particulière que le public admire chez le praticien. Ces qualités qui lui sont reconnues ont été acquises grâce à un enseignement de base judicieux aboutissant chez plusieurs d’entre eux à des spécialisations nécessitées par l’évolution de la Société.
La première révolution industrielle portée par le charbon a fait faire à l’humanité des progrès importants durant le 19ème siècle. La deuxième révolution industrielle, portée par une source d’énergie à bas prix, en l’occurrence le pétrole arabe, a enrichi encore plus les pays déjà industrialisés et a fait faire à l’humanité un formidable bond en avant durant le 20ème siècle. La révolution technologique que nous vivons actuellement est encore plus rapide et il ne se passe pas de mois sans que de nouvelles découvertes nous soient révélées. Les pays qui ont investi dans la recherche en tirent des profits considérables ; les autres pays ne sont que des consommateurs. Dans les pays les plus avancés, les nouvelles technologies ont investi tous les aspects de la vie et la population est appelée à s’adapter rapidement.
Pour espérer un jour rejoindre ces pays, il faut d’abord commencer à généraliser l’utilisation de ces technologies nouvelles dans le pays ; pour cela une formation continue est indispensable tellement le rythme est rapide. Dans de nombreux cas, les connaissances d’il y a cinq ans seulement sont déjà obsolètes. Cette situation pose le problème de la réforme de l’enseignement d’une manière générale et de l’enseignement vétérinaire en particulier pour maintenir à niveau les connaissances de nos vétérinaires. La formation continue pour la mise à niveau des connaissances devrait devenir obligatoire et être imposée a tout vétérinaire qui devrait y consacrer deux a trois semaines dans l’année et s’étendre sur toute l’année. Cette formation devrait être gratuite ou à un prix modique et serait assurée par des structures de formation agrées. La taxe de formation professionnelle pourrait couvrir le budget nécessaire à cette formation continue.
Ce type et cette méthode de formation permettraient de maintenir constamment à niveau les vétérinaires, et leur permettre d’assimiler rapidement les progrès scientifiques, techniques et technologiques réalisés, dominer les matériels et les équipements technologiques nouveaux.
En matière de recherche comme en matière de biologie, l’interdisciplinarité est maintenant incontournable, les formations à l’interface de la biologie, physique, chimie et informatique seront favorisées. Un plan de formation devra être élaboré qui s’efforcera de répondre aux besoins exprimés pour développer les compétences professionnelles et assurer la maîtrise des appareillages sophistiqués dont nous avons fait ou ferons l’acquisition dans nos laboratoires et dans notre environnement professionnel.
Les formations pourraient s’articuler autour des techniques d’imagerie et de la microscopie, de l’expérimentation animale, de la prévention des risques et des bonnes pratiques de laboratoires. Les responsables d’équipes de recherche devront être formés à l’encadrement et à la gestion des conflits internes. L’Informatique et les techniques d’imagerie sont appelées à occuper une place toujours plus importante dans le laboratoire : Traitement d’images, gestion de l’information dans des bases de données, présentation des résultats à l’aide de logiciels spécifiques ; les besoins sont multiples et divers.
Les études vétérinaires sont réputées difficiles et se dérouler le plus souvent dans le cadre d’un régime scolaire sévère. L’étudiant vétérinaire est une personne généralement mue par un idéal qui l’a poussé à entreprendre ces études à l’issue desquelles elle devient un généraliste polyvalent des sciences vétérinaire qui touche à plusieurs disciplines dont, parmi les plus importantes, l'hygiène et la Santé Publique Vétérinaires.
La formation doit aussi porter sur la prévention des risques biologiques et chimiques dans un laboratoire par la définition, la localisation, l’analyse, la quantification des dangers et des risques liés aux substances manipulées dans le laboratoire, et la connaissance des risques associés à la manipulation des produits dangereux, la gestion des déchets liquides et solides (recueil, conditionnement, stockage, élimination), la manipulation des microorganismes pathogènes, la manipulation des échantillons biologiques et la manipulation des animaux de laboratoire.
Les zoonoses sont nombreuses dans notre environnement - Plus de 60% des maladies humaines sont des maladies transmises par les animaux - et il est fort probable qu'il y aura beaucoup plus de zoonoses dans le futur. Ceci est lié au fait qu’une partie importante de la population a de fortes chances d'être au contact régulier avec des animaux. Or les étudiants reçoivent une formation minimale en termes de reconnaissance des zoonoses communes et éprouvent des difficultés pour saisir l'importance de leur rôle dans le contrôle de ces maladies. C’est ainsi que, lorsqu'ils voient une maladie animale au stade clinique, ils ne voient pas systématiquement les cas humains associés. Il
Il est par conséquent recommandé d’étendre le cours de Santé Publique Vétérinaire sur l’ensemble des programmes des années de scolarité et de réduire les cours magistraux au profit des travaux pratiques, des visites de terrain et des conférences. Traditionnellement, les cours de Santé Publique Vétérinaire se concentraient sur l'inspection des viandes puis ils furent étendus à la sécurité sanitaire des aliments d'origine animale et à l'assurance-qualité des produits animaux pour répondre aux attentes des consommateurs et réduire l'incidence des maladies transmissibles de l'animal à l'homme.
Il est recommandé d’étendre ces cours a la connaissance des causes, a l'épidémiologie et au contrôle des zoonoses alimentaires et des zoonoses émergentes et aux effets nuisibles des activités humaines, agricoles et autres, sur la qualité sanitaire des aliments, le bien-être animal, la santé humaine et l'environnement. Les étudiants doivent être amenés à développer leurs compétences dans la localisation, l'identification, l'évaluation et la collecte des informations épidémiologiques et, pour prendre conscience des cas humains associés, et devraient avoir l'opportunité d’être confrontés à ces cas. C’est ainsi que dans le cursus d’enseignement, des programmes de formation en épidémiologie pour la santé publique s’avèrent nécessaires. Il est également recommandé de généraliser l’usage de l’informatique et d’encourager la consultation de sites web spécialisés.
La formation des vétérinaires, durant leurs études ou après la fin de celles-ci, est essentielle pour leur permettre de mener à bien les multiples missions qui leur sont confiées Obligation devrait être faite au vétérinaire de compléter et d'étendre ses connaissances professionnelles, en fonction du développement de la science, de l’économie et de la société. La formation continue devrait se poursuivre durant toute la durée de l'activité professionnelle. Les vétérinaires sont tenus d'approfondir, d'élargie et d'améliorer leurs connaissances, compétences et aptitudes par une formation continue régulière et il s'avère nécessaire que les organisations régionales et/ou internationales, spécialisées, prennent en compte cet aspect et organisent ou financent des cours de spécialisation et de formation continue. Des programmes en ligne sont également utiles pour assurer une plus large couverture de ces cours.
La formation postuniversitaire concernerait notamment le Médicament et la Pharmacie vétérinaire pour faciliter l’accès des étudiants vétérinaires aux postes de responsables dans l'industrie du médicament vétérinaire et de sa distribution pour permettre l'insertion des vétérinaires en entreprise dans les domaines de la recherche et du développement pharmaceutique, l’enregistrement, le marketing, la pharmacovigilance vétérinaire et la distribution du médicament vétérinaire. Ces besoins concernent également les masters en sciences biologiques et médicales dans les spécialités de la biologie de la biotechnologie et de la recherche thérapeutique pour permettre aux vétérinaires de créer des laboratoires de biologie médicale vétérinaire et de travailler dans le cadre de laboratoires de biologie, dans la recherche ou dans l’agro-alimentaire.
Il est enfin recommandé aux décideurs et responsables des services et de l’enseignement vétérinaires d’organiser, avec l’aide des organisations professionnelles, des masters professionnels dans les spécialités marketing des produits et services de santé, dans les spécialités sur les risques chimiques et biologiques dans l’entreprise, dans les spécialités en maitrise et management de la qualité dans les industries agro-alimentaires, dans les spécialités des sciences halieutiques et aquacoles. Ceci rendrait de grands services aux vétérinaires diplômés pourrait leur donner accès a des activités nouvelles et fort intéressantes.
Les médecins vétérinaires sont là pour protéger, un monde animal qui ne se limite pas aux seuls animaux domestiques, et pour prévenir et combattre les maladies qui l’affectent. Ils sont aussi là pour contribuer à la bonne santé de la population en la protégeant contre les maladies transmissibles de l’animal à l’homme et contre celles transmises par les aliments d’origine animale. Les activités vétérinaires ne se limitent donc pas aux seuls actes médicaux. Elles commencent par l’amélioration et le développement de l’élevage et des productions animales et s’étendent à la recherche biologique et médicale, en passant par toute une gamme d’autres activités ou la contribution du médecin vétérinaire est primordiale et pour lesquelles une structure d’enseignement postuniversitaire, spécialisée en sciences vétérinaires, est devenue indispensable.
Dr. Khaled El Hicheri
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