Qu’en est-il de la protection du milieu et de
l’environnement ?
Après plusieurs
décennies d’efforts de développement économique et social, la Tunisie, s’est
rendue progressivement à l’évidence que, par la persistance des problèmes de
dégradation quantitative et qualitative de notre patrimoine naturel, l’œuvre de
développement économique et social peut être annihilée. Rappelons
que :
L’environnement est l’ensemble,
des conditions biologiques et physiques et des composantes socioculturelles qui
régissent la vie des êtres humains et qui ont un effet direct sur les
êtres vivants et les activités humaines. c’est une partie de notre identité et
un reflet de notre civilisation et de notre culture. Pour ces raisons, notre
environnement doit être respecté, protégé et aménagé pour résister aux
agressions.
Le
Développement Durable vise à construire une société en harmonie avec son cadre naturel, son
environnement ; c’est un enjeu économique important en mesure de répondre
aux besoins des populations actuelles et des générations futures. Il est axé
sur l’amélioration de la qualité de la vie et le bien-être pour tous, sans
maltraiter notre environnement ni abuser des ressources naturelles qui sont
notre patrimoine commun.
La base
législative dont dispose la Tunisie est très riche et permettrait facilement
d’atteindre les objectifs fixés ; néanmoins l’usage qui en est fait (ou
l’absence d’usage) fait que notre pays, qui était souvent cité en exemple,
n’arrive pas à atteindre les objectifs ambitieux qu’il s’est fixé. L’arsenal
législatif et réglementaire n’est pas moins impressionnant ; il
touche à tous les secteurs et ne contient pas moins de : 50 lois, 63
décrets, 64 arrêtes, 31 conventions internationales, 15 protocoles
internationaux, 5 accords et 5 traités internationaux qui constituent la trame
législative des activités de protection de la nature et de l’environnement,
pour un développement durable.
Des lois et
autres textes législatifs ainsi que des règlements municipaux, protègent
l’environnement et régissent les activités de la population mais l’action ne
suit pas toujours les textes et le respect du droit pour tous à la qualité de
l’environnement n’est pas une de nos qualités premières.
Le cadre
institutionnel est impressionnant. La Tunisie a en effet restructuré son cadre
institutionnel chargé de la gestion de l’environnement depuis 1988 par la
création de structures et d’institutions publiques. Pas moins de 10 ministères
interviennent ou sont intervenus à des degrés divers pour la protection de
l’environnement et le développement durable, épaulés par 34 établissements
publics, 34 organes consultatifs (conseils, commissions et comités) et 17
institutions territoriales.
Le rythme de
développement économique et social de notre pays révèle de nouvelles
préoccupations en matière de préservation des ressources naturelles et de
protection de notre environnement.
A la lecture
des rapports annuels d’activité du ministère de l’environnement, tous les
aspects environnementaux sont pris en compte, les graphiques, les chiffres et
autres statistiques concernant la protection de l’environnement et les
réalisations et activités concernant la lutte contre la pollution sous toutes
ses formes et la préservation des ressources naturelles, sont impressionnants
mais on continue à voir un environnement urbain dégradé ou, derrière les
boulevards de l’environnement qui ont fleuri dans toutes les villes de Tunisie,
les déchets ménagers, les déchets industriels et de construction s’accumulent
loin des décharges dites «contrôlées»
La pollution
plastique
qui envahit nos campagnes les plus reculées
Des villes où,
outre la pollution générée par la circulation, les stationnements sur les
trottoirs et la prolifération de "kiosques" à friandises et
épiceries de toute sortes, rendent pénible la circulation des piétons qui
envahissent alors la chaussée avec tous les dangers que cela comporte.
La circulation
des véhicules, désordonnés, créant des bouchons et une pollution aussi bien
atmosphérique que sonore.
Il y a bien un
boulevard de l’environnement dans la plupart des villes et agglomérations du
pays ; mais derrière ces boulevards, la pollution continue à prospérer
sous toutes ses formes : les ordures ménagères sont déversées n’importe où,
les déchets de construction s’entassent,
les sacs plastiques sont accroches aux arbres et
tourbillonnent à tout vent, les huiles de vidange des multiples garages,
ateliers de mécanique, sont déversés dans le réseau des égouts, contribuant à
la formation de bouchons, quand ils ne sont pas laissés écouler sur le sol,
polluant la nappe phréatique au niveau des déversoirs. Aucun de ces ateliers ne
possède de fosse à huile usée comme cela est la règle dans les pays qui se
respectent.
Les rejets de
corps gras. Les margines des huileries sont souvent déversés dans la nature accentuant
la pollution des nappes phréatiques
Les résidus
huileux des gargotes, fast-food et restaurants, s’ajoutent aux huiles ménagères
pour amplifier le phénomène. Aucun n’a de
fosse à huile usée.
Les
déchets industriels sont souvent déversés clandestinement dans des décharges
sauvages et le plus souvent le long des routes secondaires à l’abri des regards
responsables.
Dans la plupart
des villages et petites agglomérations rurales, il n’y a ni décharges
surveillées, ni tout à l’égout ni même de fosses septiques.
Les rejets des
élevages intensifs de volaille et de bovins laitiers continuent à constituer
une grave nuisance et polluent leur environnement et la nappe phréatique.
Les
financements internationaux sont toujours consacrés à l’élaboration d’études et
à la réalisation de projets pilotes comme si on n’arrivait pas à passer à la
vitesse supérieure, à la phase de développement, celle de la réalisation sur le
terrain de projets de grande envergure, impliquant les départements concernés,
la société civile et la population.
24 programmes
d’action et 23 études ont été dénombrées mais quel a été l’impact sur le
terrain ? il est de toute évidence invisible.
Dr. K. El
Hicheri
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