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L'automobile en Tunisie, face à la loi des finances 2018.


L'automobile en Tunisie, face à la loi des finances 2018.
Nous avons beaucoup entendu parler de la nouvelle loi des finances pour 2018, mais aucune analyse de fond, effectuée par nos économistes de renom, n'a réellement convaincu le public qui n’y voit que des taxations supplémentaires, l’effet sur l’augmentation du coût de la vie et l’érosion de son pouvoir d’achat.
A quoi s'attendre pour 2018 ? Avons-nous fait les bons choix ou avons-nous courbé l’échine devant le dictat du FMI ? Avons-nous réellement étudié les impacts directs et indirects des mesures drastiques qu’il nous impose ? Ce sont là des questions qui méritent que l'on s’y attarde. Je vais donc me permettre de donner mon avis sur l’impact des dispositions de la loi des finances sur le secteur de l’automobile, un secteur que je commence à bien connaître et dont je fais partie.
Commençons par les deux faits majeurs mis en exergue dans la loi de finance 2018 qui s'applique à vouloir réduire de 20% les quotas des concessionnaires de marques automobiles en Tunisie, et à surtaxer les véhicules neufs et leurs pièces détachées et autres dérivés. Le gouvernement qui a soumis le projet de loi et  l’assemblée des représentants du peuple qui l’a adopté, peuvent être fiers de leur travail ; non seulement ils imposent des quotas qui sont des mesures archaïques mais en plus ils réduisent ces quotas de manière arbitraire et sans étude d’impact préalable dans une logique de contrôle du marché des véhicule automobiles neufs pour satisfaire les uns et les autres sans une réelle analyse de fond. A cela s'ajoute un taux de change de notre monnaie, en dégringolade, face à l'Euro, estimé pour 2018 à 3.5 Dinars tunisiens pour 1 Euro. 
Les conséquences directes de ces mesures se feront sentir d'une part sur le prix du véhicule neuf qui selon les experts métiers, subira une augmentation conséquente de l’ordre de 20% à 30% du prix du neuf, ceci en prenant en compte la surtaxe et la parité de l'offre par rapport à la demande du marché. Le tunisien moyen ne pourra même plus accéder à la « voiture du peuple » et les banques hésiterons à lui faire crédit.
D'autre part le manque de véhicule neuf sur le marché légal, entraînera la prolifération de véhicules d’occasion sur le marché parallèle avec ce qui s'ensuit de pertes financières pour l'état et de risques sécuritaires pour les conducteurs et les personnes transportées, au vu de la provenance incertaine de ces véhicules. Nous ouvrant ainsi les portes aux abus, aux trafics en tous genres laissant, une fois de plus, les coudées franches à notre douane qui se distingue déjà par sa mauvaise gouvernance.
Au final, le tunisien n'aura d'autre choix que de se ruer sur le véhicule d'occasion, au grand bonheur des intermédiaires de ce domaine, qui liquideront ces épaves et autres cercueils roulants tout en s'enrichissant aux dépens du citoyen. Le parc automobile tunisien continuera à vieillir et les trafics en tous genres, y compris ceux liés à l'inspection technique, se multiplieront.
Mais le plus affligeant dans tout ceci, ce sont les conséquences indirectes. D'un côté, nous avons les concessionnaires qui s'adapteront à la nouvelle demande du marché. Les quotas réduits, face à une demande toujours en hausse, les véhicules neufs se vendront pour ainsi dire comme des petits pains, sans grande peine. Face à un marché captif, les concessionnaires seront alors amenés à réduire les frais de commercialisation, entraînant des suppressions d’emplois dans les domaines du marketing et de la publicité et jetant autant de familles dans la précarité. De l'autre côté, la vétusté du parc automobile augmentera l’insécurité sur les routes et provoquera encore plus d'accidents de la route dont nous détenons déjà le record mondial, avec leurs cortèges de morts et d’handicapés. Notre gouvernement, nos politiciens et nos représentants du peuple ont-ils jamais calculés les coûts de ces pertes et de ce potentiel perdu à jamais pour la nation, ni les dégâts émotionnels et psychologiques irrémédiables que cela entrainera dans les familles ? Faut-il satisfaire les bailleurs de fonds à ce prix-là ?
Je ne pense pas que nos décideurs et notre classe politique, aient pris en compte toutes les conséquences malheureuses pour nos citoyens et néfastes pour l'économie du pays ? S'agit-il de mesures prises pour faire patienter le FMI ? S'agit-il de mesures déviantes pour favoriser le marché parallèle à la merci de quelques lobbies que ce soit ? Il est évident que nous n'aurions pas pu faire mieux si nous voulions mettre nos concitoyens dans le besoin, augmenter la mortalité sur les routes et favoriser le marché parallèle et les intermédiaires.
2018 s’avère être une année bien difficile pour ceux qui veulent acquérir une voiture qui, plus que jamais, est devenue un produit de luxe, inaccessible pour la plupart de nos concitoyens.

                                                                                                                      Teymour El Hicheri

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