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L’élevage ovin en Tunisie : une richesse à préserver

L’élevage ovin en Tunisie : une richesse à préserver

L’élevage des ovins est une pratique traditionnelle qui remonte aux temps immémoriaux. Cet élevage demeure de nos jours, la principale source de revenu de la population rurale du Centre et du Sud du pays. Il joue un rôle socio-économique important, et confère plus d’importance au secteur de l’élevage dans l’économie agricole (35 à 40% du PIB agricole) et dans l’économie nationale (et 4 à 5% du PIB national). Il contribue en outre à l’emploi, de manière significative : le nombre d’éleveurs de petits ruminants (ovins et caprins) est estimé à 300.000.

Les effectifs de l’élevage ovin en Tunisie se situent à près de quatre millions d’unités femelles ; cet élevage participe pour près de 50 % à la production des viandes rouges. Avant les années 60, les effectifs dépendaient des conditions climatiques et les pertes durant les années de sécheresse, pouvaient atteindre près de 30 % des effectifs. Grâce aux campagnes de sauvegarde et au recours aux aliments concentrés d’importation, subventionnés par l’Etat, le cheptel ovin a rapidement augmenté en nombre pour se stabiliser à la fin des années 90.

Les populations ovines et caprines sont réparties sur tout le territoire national comme suit : 2/3 de ces populations, sont localisées dans les zones arides et désertiques du Centre et du Sud. 38% des ovins se trouvent dans le Nord, 39% dans le Centre et 23% dans le Sud (d’après l'enquête de structure 2004/2005). Cette répartition montre que le taux de concentration le plus élevé se trouve au Centre et au Sud qui regroupent 62% des effectifs ovins. Ces deux régions sont caractérisées par la fréquence des épisodes de sécheresse et, la faiblesse et la variabilité des disponibilités fourragères sur les parcours.

Quatre races ovines principales sont élevées dans le pays, dont une seule est à vocation laitière : Les races à viande dominent largement en nombre. La race Barbarine vient en tête (suivie par la race Gharbi ou Queue Fine de l’Ouest et, la Noire de Thibar. La race Sicilo-Sarde est un croisement de deux races ovines laitières importées du temps du protectorat.

Depuis le début des années 60, on constate une augmentation régulière de l’ensemble des effectifs ovins qui ont atteint 7,6 millions de têtes dont près de 4 millions d’unités femelles. Près des deux tiers du cheptel national sont de race Barbarine (66% des ovins) et de race Queue Fine de l’Ouest (32%). La race Noire de Thibar représente moins de 2% du troupeau ovin.

L’élevage ovin, conduit généralement sur le mode extensif, est localisé en majorité dans les petites et moyennes exploitations familiales. Son alimentation est basée essentiellement sur les ressources pastorales or la superficie des parcours a enregistré, depuis les années 70, une diminution de près de 50% au profit de l’arboriculture et de la céréaliculture ainsi que des cultures maraîchères irriguées, et continue à se rétrécir comme une peau de chagrin.

Le nombre total d'exploitations agricoles est estimé à près de 516.000 dont environ 50% (274.000 exploitations) pratiquent l’élevage ovin. Toutefois, malgré l’importance de sa participation à la satisfaction d’une demande accrue en viande rouge, cet élevage reste localisé dans les petites exploitations, sans ou avec peu de terre, et constitue la principale source de revenu de ces exploitants. En effet, 61% des exploitations disposent de moins de 10 ha et, plus du quart d'entre elles ne détiennent en moyenne que 3 unités femelles et, uniquement 16% d’entre elles ont plus de 20 unités femelles. La faible superficie des exploitations, l’augmentation consécutive de la charge à l’hectare et la surexploitation progressive des ressources naturelles pourraient expliquer la dégradation des parcours.

La faible production fourragère, sa mauvaise qualité ainsi que la diminution de la contribution des pâturages et des parcours dans la ration alimentaire ont provoqué le recours massif aux aliments concentrés dans la ration des ruminants, en particulier des bovins laitiers mais aussi et de plus en plus, des ovins (à raison de 33%) et dans une moindre mesure des caprins.

Les objectifs figurant dans les plans de développement économique et social, était de combler le déficit en viandes rouges du pays en augmentant les effectifs, sans trop se préoccuper de l’amélioration génétique de ce cheptel et de sa productivité ; un cheptel qui, malgré son adaptation aux conditions climatiques particulièrement sévères et sa prolificité, n’a pas pu dépasser le seuil de productivité annuel de 0,8 agneau par brebis et n’est pas en mesure de satisfaire les besoins en accrus en viande, de la population. On ne saurait faire face à l’augmentation de la demande d’aliments d’origine animale de la population tunisienne en constante croissance, sans agir sur l’amélioration génétique des ruminants et sur les productions fourragères, en mesure d’améliorer leur productivité.

Le choix pour l’augmentation du nombre d’ovins plutôt que pour l’amélioration de leur productivité a eu pour résultat une surcharge des parcours qui entre-temps - des années 70 aux années 2000 - ont diminuée de moitié passant de 9 millions d’hectares à 4,5 millions d’hectares de parcours naturels dont 9% de forêts, 7,5% de parcours forestiers, 11% de parcours alfatiers et 66% de parcours ordinaires, ce qui a conduit à leur dégradation. La suppression, en 1992, des subventions à l’importation des aliments concentrés, entrant dans la fabrication des aliments composés, associée à la dégradation des parcours et à la hausse des prix mondiaux des matières premières en 2007, nous incite à chercher d’autres solutions en vue de fournir des ressources fourragères, garantissant la stabilité et la sauvegarde du troupeau ovin.

Le diagnostic de la situation de l’élevage ovin à viande en Tunisie nous oblige à rechercher des solutions alternatives aux problèmes posés par la raréfaction des ressources alimentaires nationales. Il est plus que temps de mener une réflexion sur la situation actuelle de l’élevage des petits ruminants par le biais d’une analyse objective des disponibilités fourragères et de leurs limites, en vue d’Innover dans le domaine de l’alimentation du cheptel par la valorisation des ressources fourragères locales, une utilisation réfléchie des parcours, des mesures d’encouragements aux cultures fourragères et la promotion d’aliments concentrés autochtones. L’objectif final étant de valoriser des ressources alimentaires locales dans le but de les substituer aux aliments concentrés d’importation, utilisés dans la fabrication des aliments composés du bétail et, de restaurer les parcours dégradés et de protéger ceux menacés de dégradation.

Dr. Khaled El Hicheri

  

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