Le coût de formation de nos enfants
La rentrée scolaire est pour très bientôt et les parents
d’élèves s’affairent pour réunir les fournitures scolaires et les trousseaux de
leurs enfants. Les frais occasionnés par les rentrées scolaires et, d’une
manière générale, les dépenses consenties par les parents pour l’éducation de
leurs enfants constituent l’un des postes de dépenses les plus importants dans
le budget familial car les tunisiens quelle que soit leur condition sociale
mettent un point d’honneur à bien préparer leurs enfants pour l’année scolaire
avec l’espoir de les voir réussir dans leurs études et assurer leur avenir. Ils
dépensent pour cela une partie importante de leurs ressources.
Les
parents ne sont pas les seuls à payer pour la formation des enfants afin d’en
faire les adultes responsables nécessaires à l’activité économique du pays. Les
enfants constituent en effet un « bien public » et la société
solidaire, à travers les politiques sociales de santé et d’éducation notamment,
participe ainsi à la prise en charge d’une bonne partie des dépenses
nécessaires à la formation des enfants pour en faire des adultes productifs,
physiquement, culturellement et professionnellement capables de participer au
développement du pays.
Pour
notre pays comme pour beaucoup d’autres, l’éducation constitue un puissant
vecteur de développement et l’un des meilleurs moyens de promotion sociale, de
réduction des inégalités et de la pauvreté, de promotion du statut de la femme
et de l’égalité entre les sexes, et d’amélioration des conditions de vie et de
la santé des populations. C’est aussi un facteur de stabilité et de paix sociale
non négligeable.
Mais,
pour élever un enfant de la naissance à l’âge
adulte, il faut des moyens importants et, pour cela, les familles consentent
des sacrifices énormes. Les parents consacrent du temps et des soins qui ont un
coût et de l’argent pour les dépenses de consommation, d’habillement et autres.
Il faut y ajouter de la patience et de l’affection et cela n’a pas de prix.
L’Etat consacre également une part importante du budget annuel, à
l’enseignement, la santé, la culture et les sports destinés
au financement des biens et services nécessaires pour amener un enfant
jusqu’à l’âge adulte et en faire un « bon citoyen ».
A titre d’exemple, les moyens consacrés
par la société française pour élever et éduquer ses enfants de moins de 20 ans
sont évalués à 30 000 euros par an et par enfant. Près de 39 % de ce
coût (11 700 euros en moyenne par enfant) sont supportés par les ménages à
travers leurs activités domestiques non rémunérées, 21 % aux biens, services
et dépenses de consommation des ménages (6 300 Euros) et 40 % aux
dépenses publiques d’éducation, de santé et autres dépenses sociales (12 000 Euros)
soit 18 000 Euros (60%) de dépenses familiales et 12 000 Euros (40%) de
dépenses publiques.
En
Tunisie, en matière de dépenses éducatives des ménages tunisiens et compte tenu
des informations disponibles, on peut retenir que ces ménages consacrent en
moyenne une part significative de leurs ressources, au financement de
l’éducation de leurs enfants. Mais face
aux sacrifices des ménages quelles sont les mesures de politique éducative que
prend l’Etat pour améliorer et garantir la qualité de l’enseignement à travers
l’amélioration de la formation, l’allègement et la modernisation des programmes
et la réduction du temps scolaire alors que : les classes sont
surpeuplées, les redoublements et les abandons ne se comptent plus, le recrutement
d’enseignants d’un niveau académique supérieur est quasi inexistant, le taux d’encadrement,
la formation initiale et la formation continue des enseignants sont encore trop
faibles, l’état des bâtiments et du mobilier scolaires est déplorable et que
les visites des inspecteurs sont rares et sans grands effets. De ce point de
vue, il y a, en effet, beaucoup à faire alors que les syndicats ne pensent qu’aux
avantages matériels qu’ils peuvent arracher sans consentir l’effort d’amélioration
de la qualité de l’enseignement qu’ils prodiguent.
Le
pourcentage du budget de l’Etat de l’année 2018 (35,851 milliards de dinars),
consacré totalement ou partiellement à la formation de la jeunesse, est d’environ
25,6% ou encore 9,324 milliards de dinars soit 3.108 dinars par an et par
enfant, sur la base d’une population de 3 millions de jeunes de la naissance à 15
ans d’âge (25% de la population totale). Si on appliquait la norme française de
60% de dépenses des ménages et 40% de dépenses publiques, la formation de nos jeunes
jusqu’à l’âge pré-adulte coûterait à la société la somme de 250 milliards de
dinars, soit environ 116.550 dinars par enfant en moyenne et beaucoup plus
quand, il s’agit d’étudiants parmi les plus brillants qui poursuivent des
études post-universitaires, le plus
souvent à l’étranger.
Ces
étudiants vont-ils retourner au pays une fois leurs études terminées ? certainement
pas pour plus de 50% d’entre eux qui s’installent dans les pays de formation ou
émigrent vers d’autres cieux plus cléments que ceux de leur pays natal qui a
consenti tant de sacrifices pour les former mais qui n’a pas su leur préparer l’environnement
adéquat pour les retenir. Pensez aux bénéfices que réalisent les pays déjà
riches qui les récupèrent : ils économisent 112,000 $ sur chaque diplômé qui s’installe
chez eux et qui est immédiatement opérationnel et nous perdons plus de 116.000
dinars ainsi que le bénéfice de l’activité de développement qui aurait pu,
aurait dû, être effectuée dans notre pays. Quel gâchis !
Dr.Khaled
El Hicheri
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